PENTECOTAVIC 2004

Publié le par fat jc/les kadors

Voici un petit article glané sur le net a propos de la superbe feria de Vic Fezensac.

Petite ville Gersoise qui devrait en 2007 accueillir ,à nouveau , les Kadors apres quelques annees d'absence.

A suivre . . .

L'article est signé Alexandre Duval.

Mix Fezensac

Chaque année à l’occasion de Pentecotavic, les fanfares rentrent fièrement dans l’arène.

Alors pour l’amour des vieux, on voudrait écourter tout ça. Plus de Pentecôte, une feria «  défériée » et Vic Fezensac perd sa mesure à quatre temps. Voilà de quoi épargner quelques puissants bovins, nous diront les détracteurs de la tauromachie. Peut-être mais chaque année pendant quatre jours, quand l’arène accueille les novilladas, le coeur de la cité gersoise devient «  Mix Fezensac », véritable tambouille de défilés cuivrés. Eh oui, il n’y a pas que des bandas et des peñas à cette feria. Vic, c’est aussi la grande messe des fanfares made in France. Parce que si l’on est sans nouvelles de la fédération française de funk, celle, informelle, des fanfares hexagonales est bien vivace.

La parenté avec la F.F.F., celle du ballon rond, cette fois, est bien réelle. Il y a bien un côté tournoi de sixte à Vic. Une concentration où les joueurs se croiseraient sans craindre de saluer le futur bourreau de leurs mollets. Non, là c’est bon enfant, évidemment. Les fanfares partagent même le gymnase municipal en guise de dortoir. C’est depuis là que s’élancent les fanfarons avec en guise de crampons leurs cuivres. Tournoi de sixte dans l’appellation même des fanfares. Le déterminant « les », qu’au sein de la scène rock française, les Innocents ont été les derniers à porter à bout de bras, semble au moment de baptiser une fanfare quasi indéboulonnable. Alors bien sûr, les équipes ne s’appellent pas les Brésiliens, les Foot X, les Laisse-les venir, non là ce sont les Pistons Flingueurs plutôt que les Tontons Tacleurs, les Chiures de mouche et non les Chieurs de touche, les Foetus Alakiss ou les Ouiches Lorenes remplacent les J’sais plus. Chacune a son maillot, orange pour les carabins parisiens des Plaies Mobiles, moutonnés pour les P’tits Slaves, meringués pour les anciens des Beaux-Arts de Toulouse.

Viandes soûles et funky soul

La ville de 3683 âmes, selon les estimations toujours précises du quid, se transforme. Dans un garage ou une cour improvisés en bodegas, dans les guinguettes et autres estanquets bondés, dépassent toujours un pavillon. Sous la lune, les rues deviennent des négatifs de cours d’eau, la berge au milieu et deux rives de chaque côté, débit assuré par les vessies paillardes. Sur ce qui reste de terre ferme, les festayres emmaillotés dans des habits d’un blanc qu’une lessive miracle restituera peut être un jour et affublés d’un foulard d’un rouge plus franc croisent le défilé des fanfarons, leurs cuivres, leurs perruques et leurs touch’ de Deschiens. De la place du fer à cheval, nid de fanfarons à celle de la mairie où se déroule la feria traditionnelle résonne la fête. Les cuivres assurent le fondu sonore pour transiter d’un espace à l’autre. Quand le soubasophone fait raisonner sa grave autorité pour lancer les fanfarons sur la piste du groove que ses adeptes matérialisent avec force contorsions et autres insatiables grimaces, c’est la grosse caisse ou pour faire moins scientifique le «  boum, boum »  qui emporte le morceau au sein des bandas à l’unisson duquel se raccrochent les paumes des festayres. Des deux côtés de la Plaza de la comida (initiative du comité des fêtes : apprendre l’espagnol même avec trois grammes d'alcool dans le sang), les « tintintin..tindindindin...olé ! »  avec plus ou moins de « tin »  ou de « din »   mais toujours un « olé! » permettent de meubler tout en rendant le public heureux et l’interactivité maximale.

Défilé garni

Du côté des aficionados des bandas, la césure entre musiciens et public est nette. Les premiers ont la charge d’interpréter «  Paquito el chocolatero » tandis que les seconds accroupis et en file indienne exécute les mouvements appropriés. Parfois ceux-ci tannent les musiciens en vadrouille pour leur demander « eh! Tu me laisses souffler dans ton bordel ? ». Dans la troupe des fanfarons, tout le monde est musicien et on n’est pas chien parce qu’on accepte même les joueurs de flûte à tirette voire même les S.F.F. (sans fanfares fixes) comme Sergio, l’interprète insatiable et matinal du «  Tango des paysans » et de « J’aime la feria de Nîmes, la feria de Nîmes ! » (fête taurine disputée le même week-end) . Chacune des fanfares interprètent son répertoire funky (la fanfare saucisson des Ouiche Lorenes, Les Pistons Flingueurs), balkanique (Balkan Brass Band, Les P’tits Slaves), ska festif (une véritable dictature pour les tympans dans le sud-ouest) ou plus distingués avec chef d’orchestre coiffé d’une toque pour les anciens mais vénérables des Beaux-Arts de Toulouse. Et puisqu’on parle cuisine, l’une des plus belles pièces, Cela reste quand même le boeuf. Les associations sont dignes d’un mercato à ciel ouvert, on débauche une trompette par-ci, un trombone par-là et la fameuse flûte à tirette par dépit. Les plus courtisés restent quand même les soubasophones because la grave autorité, tout ça. Et ça dure toute la nuit. Trois exactement.

Le lundi matin après une bonne douche, les musiciens remballent les trophées dorés dans leur étui et, la nostalgie en bandoulière, montent dans le car. Le Gers s'éloigne, le paysage et les images du week-end défilent. Pentecotavic 2004 s'achève à peine qu'il a déjà rejoint dans les mémoires des fanfarons la sarabande des éditions gersoises mémorables. Reste à espérer que la suite du cortège de ce rendez-vous festif ne soit pas écourtée.

Alexandre Duval