ESPRIT ES TU LA ? ( Juillet 1996 )

Publié le par Fat JC-Les Kadors

Tiré du Journal Kadorien "Le Lubrifiant des coulisses" ; voici un texte signé Didou alias Didier Belloc suceur de bambou chez les Kadors et conteur de passion.

Après un week-end fanfare/rugby dans l'Aveyron Didou accompagné de Popo  (soubadinosaurus Kadorien ) rentrent dans la nuit vers Montpellier...

 

 

 

 

 

  Lubrifiant des coulisses. Numéro 2. Juillet 1996.

Esprit es tu là ?

Il est minuit, un brouillard à passer au mixer envahit la campagne aveyronnaise, l'esprit du vin aidant, la visibilité ne dépasse pas la lumière de mes antibrouillards...

Repus, essoufflés, égosillés, les Kadors regagnent leurs pénates. Enfouis sous leurs couettes moelleuses ils se remémorent les plaquages, glissades, engueulades et essais
éparses de leurs glorieux matches de rugby dans le froid piquant
de l'après-midi.Leurs ronflements éthyliques laissent échapper les chaudes envolées musicales de la troisième mi-temps.

Au coeur des brumes et des vapeurs de cette nuit fantomatique,deux vagabonds errent sur les routes, tels des revenants pressés. Dans leur tire, ils tentent désespèrément de battre le record de la traversée Naucelle-Montpellier (s'adresser à Best pour enregistrer vos records et recevoir vos trophées). Temps à battre de nuit, sous la purée et la pluie par ces deux fanfarons avinés: 3h23mn15s.

Pour vous dire que la route fût longue, les ragots nombreux, les pensées éparses et les commentaires bon train.

Que peuvent se raconter un dinosaure à pistons mercenaire du saucisson et un emboucheur de serpent à clès? des histoires de fanfares évidemment...Le dinosaure en connaît des milliers et l'emboucheur en reste bé et même loque... 20 ans de fanfare, ça classe l'animal, ça patine sa trompe, ça laisse des empreintes... Le ronron des pneus sur l'asphalte emporte le mercenaire et son saucisson dans les bras de Morphée, laissant libre chant au silence ouaté du désert du Larzac...C'est à ce moment précis que les serpents à clés se réveillent. Ils se glissent et se faufilent partout, la tire prend des allures de panier d'anguilles, de peur de croiser la salade... Les reptiles avalent tout sur leur passage:souvenirs, commentaires, recommandations, avertissements,calomnies, pour disparaître par la portière sur le bitume mouillé,perdus à jamais au milieu des milliers d'escargots écrasés. Heureusement ils ont laissé les clés et je vais passer le reste du trajet à toutes les essayer.

Je saisis immédiatement celle du ,bonheur: ciselée en coeur d'or, elle fonctionne au quart de tour ouvrant la porte de la joie de retrouver ma bande des jusqu'au-boutistes fanfarons, de les, papouiller, de les sentir tout excités à l'idée d'astiquer leurs cuivres...

J'en tire vite une autre mastoc,ciselée dans le cuivre, elle porte ,l'étiquette "muslque",elle couine un peu au début mais elle tourne à merveille, attaquant sur un chant de pêches à fond les caisses. Mais pour les cueillir à point et veloutées, y'a encore du boulot...
Je saisis alors, au hasard, une espèce de passe inachevé où pend une bouteille de «51», je la triture un bon moment dans la serrure, désespérément je lance un grand coup d'épaule dans la «lourde verrouillée» qui vole en éclat. Affalé sous un comptoir crasseux,je surnage dans les bémols, double croches, les soupirs...Et là!me relevant à tâtons,j'entends une java d'enfer; elle swingue, tangue, virevolte. Au fond du bastringue, j'aperçois une troupe de gadjos et gadgets debout sur les tables, à califourchon sur les chaises, dansant dans les vapeurs éthyliques qui mènent une bringue de tous les diables. Mes yeux s'habituent à cette demi-obscurité et mon coeur laisse exploser sa joie lorsque je reconnais ma fanfare à moi, mes Kadors avinés chéris, qui de trombones en tubas, de sax en clarinettes, de trompettes en soubas au rythme des percus alimentent l'orgie. J'acclame, je cris, vocifère, ovationne, cours les bras tendus vers ma tribu retrouvée, et trébuche au milieu des cadavres de litrons vides, laissant échapper ma clé et sa bouteille de «51» qui va se briser aux pieds de notre maestro trompetteux.

Dans un long aboiement à la lune, un éclair blanc jaillit dans la salle à travers lequel apparaît un être mi-homme, mi-clebs. Il est sorti de la bouteille comme un démon de sa boite. Planant au dessus de la salle silencieuse et médusée, il goutte cet instant d'éternité pour le briser instantanément dans un éclat de rire... C'est comme ça que je vous aime, toqués, débridés, furieux, enivrés de musique et de joie, avec l'émotion comme guide et le bonheur de tous comme seule loi! Arrêtez de vous
comparer aux Bidochons. Vous leur devez tout à tel point qu'à présent on vous confond. Sachez qu'ils sont vos maîtres et vous ne serez toujours que leur chien-chien minus et débile. Vous l'avez choisi ainsi, assurez maintenant en parfaits intellos de trottoirs, voués à vous faire botter le cul par des alcolos de tout poil, en amoureux d'humanisme et d'universalité, condamnés à vous faire étriper par des «Roberts et Raymondes ignares et grincheux». Jouez à vous faire péter les tripes, à vous rendre fous à lier, à vous pétarder la cervelle, à vous disjoncter du cervelet, à vous péter la scissure de sylvius, à vous éclater le rachis, à vous stationner sur le cerveau reptilien... Vous êtes des bâtards géniaux reconnus pour votre énergie inépuisable, votre sens de la fête inné, vos décibels incontrôlés et surtout votre nombre illimité puisqu'il suffit de payer son adhésion et d'avoir un instrument pour être un Kador. Moi, la Kantessence, votre esprit du «51» enfin libéré, je m'inscris à votre fan-club unique dans l'histoire de la fanfare, on veille sur vous et l'on vous prédit longue vie...»

3h23min15s viennent de s'écouler,Popo se réveille, je le dépose royalement déroulant son instrument sous l'arc de triomphe du Pérou. Je me laisse conduire par ma fidèle «tire» dans les bras de ma douce pour veiller sur mes deux tendres princesses.

Un rêve, un coup d'adrénaline, les premiers symptômes d'un délire très mince?!!! J'aurais tant voulu connaître les secrets cachés derrière les clés de l'écoute, du style, de l'harmonie, de la mélodie, de l'amour, de la mort, de l'avenir, de la société générale, de la chambre à coucher de Claudia Schiffer, de la clé à Molette ou plus simplement de la clé des champs...

L'esprit des Kadors plane dans la nuit et sa lumière aiguise les sens comme la pierre affûte la lame, la musique la joie, la voiture le sommeil, le pastis la cirrhose, le tapage nocturne les flics, et Jeanne d'Arc la libido de Le pen...

Si encore ce putain d'esprit nous avait proposé quelques voeux à exaucer, on aurait pu espérer changer le monde.! Alors à défaut de changer le monde on va jouer, jouer, jouer jusqu'au bout pour que le monde ne nous change pas.

Didier.